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Dominique Amirault : "toute norme va à l’encontre de l’innovation sociale"

Published on mercredi 18 juillet 2018

Dominique Amirault : "toute norme va à l’encontre de l’innovation sociale"

Interview RSE DATA NEWS sur la label Entrepreneurs+Engagés

Depuis sa création il y a une vingtaine d’années, la FEEF (Fédération des Entrepreneurs et Entreprises de France) pousse les 1000 adhérents de son mouvement – PME, start-up, ETI indépendantes – a entretenir un lien étroit avec ses clients. Une orientation qui l’a « naturellement poussée » vers des pratiques RSE ambitieuses et la mise en place du label E+, selon Dominique Amirault, son président. S’il estime que la RSE est avant tout une manière de gérer le risque, il juge que la réglementation actuelle est plus adaptée aux grands groupes cotés qu’aux petites entreprises. À contre-courant du projet de loi Pacte, il appelle l’État à ne pas légiférer.


RSEDATANEWS : La RSE est-elle une manière de gérer les risques pour les membres de la FEEF ?

Dominique Amirault : Depuis 10 ans, toutes les enquêtes d'opinion montrent que le consommateur accorde sa confiance aux PME. Pourquoi ? Parce qu'elles sont à taille humaine, qu'elles sont enracinées dans des territoires, qu'elles communiquent de manière sincère sur ce qu'elles sont… Ces 3 dimensions semblent naturelles dans l'esprit du consommateur. Nous avons rapidement compris que nous devions communiquer auprès d'eux sur le caractère citoyen et écoresponsables de nos entreprises. Nous sommes naturellement RSE et à dimension humaine. C'est inscrit dans nos gènes. Le consommateur le sait instinctivement. À nous de lui donner la preuve qu'il ne se trompe pas. Et puis être responsable, c'est aussi préserver notre business. Les chefs d'entreprises ont des responsabilités, des familles et ne peuvent pas mettre leur affaire en péril. Notre engagement auprès de la société est la meilleure garantie de notre durabilité.

RSEDN : Cette proximité avec vos clients ne garantit pas nécessairement une approche RSE crédible…

DA : Si. Nous ne cherchons pas la rentabilité à court-terme. Nous faisons vivre des gens implantés sur un territoire dont nous sommes partie prenante. Car pour être crédible et ne pas créer de déception auprès d'eux, il nous a fallu séparer nous-mêmes les moutons blancs des moutons noirs. Comment ? En créant un label. Nous nous sommes pour cela inspirés de la norme ISO 26000 (qui définit comment les organisations peuvent et doivent contribuer au développement durable, NDLR), même si la RSE doit être un costume "sur-mesure" pour les PME.


«  La plupart des législateurs n'ont jamais été sur le terrain »

 

RSEDN : Comment est née l'idée de créer le label E+ (Entrepreneurs Plus Engagés) en 2014 ?

DA : Nous voulions vraiment faire le ménage nous-mêmes. Nous ne voulions surtout pas qu'une norme façonnée par et pour de grands groupes nous soit imposée. Il fallait donc que nous définissions notre propre référentiel. Nous l'avons ensuite fait certifier par un organisme indépendant afin de rendre le Label E+ crédible.

RSEDN : Les critères de ce label sont-ils figés ?

DA : Non. Il évolue régulièrement. Mais il s'adapte surtout aux différentes typologies d'entreprises. Il s'agit d'une démarche entrepreneuriale et de progrès. Nous avons misé sur un effet d'entraînement. Nous voulions que certains patrons ouvrent la voie pour montrer aux autres ce qu'il est possible de faire. Les chefs d'entreprises de PME sont plus sensibles à la réussite de leurs pairs qu'à l'avis d'un consultant qui se contente de donner des conseils. Nous devrions avoir une centaine d'acteurs labellisées d'ici la fin de l'année.

RSEDN : Comment construire une méthodologie sérieuse sans critères fixes et avec une typologie d'entreprises si diverse ?

DA : Ce qui caractérise nos membres, c'est la diversité. Ce que nous refusons c'est de fabriquer un moule commun, une norme. Et nous sommes contre. Toute norme va à l'encontre de l'innovation sociale. Il y a plusieurs manière d'aborder un sujet. Celle qui consiste à prendre le problème vu d'en haut n'est pas la meilleure. C'est d'ailleurs une particularité très française. Ce n'est d'ailleurs pas parce que l'on respecte les règles administratives que l'on est socialement responsable. La plupart des législateurs n'ont jamais été sur le terrain pour voir comment ça se passe. Il faut laisser la liberté à chacun d'adapter sa propre voie. Concrètement, nous fixons les règles de ce référentiel, puis nous laissons l'organisme certificateur indépendant effectuer les vérifications nécessaires sans intervenir. Nous travaillons actuellement avec Ecocert. L'indépendance est fondamentale. Nous ne voulions ni ne pouvions être juge et partie. Ce que nous avons réalisé, c'est définir la trame du dialogue entre Ecocert et nos membres. Notre rôle s'arrête là.

« Éviter le greenwashing des grands groupes»

 

RSEDN : Les audits réalisés par Ecocert sont-ils publics et consultables par les parties prenantes des entreprises labellisées ?

DA : La décision de rendre publics les travaux d'Ecocert relève de chaque patron dont l'entreprise a été auditée. Mais nous n'organisons pas à la FEEF une communication spécifique. À titre personnel, je n'y suis pas opposé. Mais être responsable c'est à mon sens être transparent.

RSEDN : Le mouvement d'entraînement que vous espérez est-il perceptible ?

DA : Oui. On progresse lentement mais sûrement. 10 % de nos adhérents sont actuellement labellisés. On en dénombre en moyenne 5 de plus chaque mois. Mais il faut être prêt. Si l'on se précipite, on tombe dans le greenwashing des grands groupes.

Source : RSEDATANEWS

Categories: Politique, Public

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