Loi EGAlim : sortir par le haut !

Ouverture des négociations commerciales : Tribune de Dominique Amirault, Président FEEF

Alors que débutent les négociations commerciales annuelles entre fournisseur et distributeur, il est temps que chacun prenne ses responsabilités pour répondre aux objectifs affichés en faveur du « ruissellement » vers les agriculteurs et des PME, dans un esprit sincère et collaboratif. Améliorer la loi et sortir par le haut. Soit EGAlim, Acte II ?

Comme nous l’avions dit lors des Etats Généraux de l’Alimentation, à trop intervenir réglementairement et artificiellement sur les mécanismes du marché (majoration du seuil de revente à perte, encadrement des promotions…), on finit par perturber le commerce et à porter préjudice à ses acteurs !

Des objectifs louables mais des effets négatifs

Les objectifs de la loi EGAlim sont louables : alimentation saine et responsable, revalorisation des revenus agricoles, rééquilibre des relations commerciales entre l’amont (paysans, PME) et l’aval (groupes industriels et grande distribution), inversion du mécanisme de formation des prix.

Mais, le bilan est négatif en décembre 2019 : le ruissellement annoncé ne fonctionne objectivement pas en faveur des agriculteurs et la croissance des PME s’est nettement ralentie (taux de croissance divisé par 3 :de 5,5% en 2018 à 1,8% en 2019, selon Nielsen). Alors que les PME étaient fortement contributrices de la croissance des ventes des hyper et super et qu’elles vitalisent les territoires, créent des emplois, répondent aux attentes grandissantes des consommateurs en même temps que les PME ont la confiance de ces derniers…

Cette situation détériorée justifie une réponse rapide, concrète pour corriger ces dysfonctionnements, notamment pour libérer l’encadrement promotionnel et relancer le commerce.

Un an après l’entrée en vigueur de la loi, il est donc temps d’initier une démarche entrepreneuriale, c’est-à-dire s’adapter après avoir expérimenté, « to test, to learn » ! Prendre acte des échecs pour améliorer la loi afin qu’elle atteigne ses objectifs nécessaires à la relance de la création de valeur sur toute la chaîne.

A cet égard, ce n’est pas par la poursuite de la dépréciation tarifaire qu’on va pouvoir améliorer le revenu des agriculteurs et permettre la transformation vers une agriculture durable, de la même manière que l’on va permettre aux PME d’investir dans l’avenir, innover et exporter. Il faut cesser ce double langage qui consiste à louer la création de valeur et, en même temps, ne pas respecter les évolutions tarifaires qui en sont la traduction concrète !

En effet, le tarif fournisseur (et ses variations) est l’expression réelle et positive de l’innovation, de la création de valeur correspondant aux attentes explicites ou implicites des consommateurs. C’est la seule « sortie par le haut » possible ! Ce qui n’empêche pas, par ailleurs, de négocier les conditions de développement des ventes pour développer le courant d'affaires commercial.

Une prise de conscience collective et responsable

Cela nécessite une prise de conscience collective et responsable comme certains distributeurs s’y sont déjà engagés, avec réalisme et discernement, en faveur des PME, à l’image des Présidents d’Intermarché, de Système U et de E. Leclerc.

Ainsi, cette prise de conscience collective doit nourrir le débat de façon volontaire et contractuelle au lieu de multiplier les réglementations aussi inefficaces qu'infantilisantes. C’est le moment de traiter ces questions avec intelligence et discernement pour éviter les amalgames qui finissent par tout niveler vers le bas en détruisant, au final, de la valeur…

C’est à nous tous de « bouger les lignes » et d’avancer pour montrer qu’on prend notre destin en main.

Créer de la valeur et mieux la partager supposent que tous s’y mettent : des consommateurs jusqu’aux producteurs pour un avenir partagé. Par les actes, plus que par les mots !

En tant qu’entrepreneurs PME, nous sommes prêts à nous engager, toujours en collaboration avec les distributeurs pour leur permettre de faire évoluer leurs points de vente en fonction des besoins des habitants des territoires, dans le but d'inverser durablement la situation, d'accompagner les transitions nécessaires et de répondre, in fine, aux attentes légitimes des consommateurs.

Dominique Amirault, Président de la Fédération des Entreprises et Entrepreneurs de France.

Tribune parue dans Le Cercle Les Echos le
25/11 : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-loi-egalim-sortir-par-le-haut-1150587

Tribune parue dans LSA le 22/11 : https://www.lsa-conso.fr/dominique-amirault-feef-sortir-par-le-haut-de-la-loi-egalim-tribune,333871